Nous souhaitons à travers cet article partager notre voyage à destination du Cap Nord. Le trajet depuis la Suisse compte de nombreux kilomètres et étapes, ainsi le récit se subdivise en plusieurs parties (mises en ligne successivement).
L’objectif est de parcourir la Scandinavie avec notre camping-car « Paulo » et en mettant l’accent sur la Norvège.
Partie 2 – traversée de la Suède et de la Laponie finlandaise
(accéder à la partie 1) (voir la vidéo sur YouTube)
Immense pays, comment allons-nous y choisir notre itinéraire ? Notre envie de profiter du soleil de minuit, de filer donc prestement vers le nord, est constamment en rivalité avec la crainte de passer à côté de belles découvertes. Nous voilà donc engagés dans une partie de « Hâte-toi lentement ».
Première étape suédoise, le parc national de Store Mosse, où un ciel mitigé nous attend. C’est la fin de journée. Après plusieurs heures de route, nous avons besoin de nous dégourdir les jambes. On enfile nos k-way pour emprunter le chemin de la tour d’observation la plus proche. Et là, comme un cadeau de bienvenue, un spectaculaire arc-en-ciel se dessine au-dessus du haut-marais verdoyant.

Un arc-en-ciel nous accueille à Store Mosse.
Le lendemain, nous randonnons au cœur des zones humides sur ces petites passerelles en bois que nous affectionnons tant. Aurore et les enfants vont visiter le centre nature, une bâtisse toute en bois avec une baie vitrée qui dévoile les splendeurs environnantes. Il y règne une atmosphère apaisante, un peu comme si nous étions chez nous. D’ailleurs, les chaussons en laine, que chacun doit porter, contribuent à cette sensation.

Rives du lac Svartgölen dans le parc national de Store Mosse.
Notre itinéraire longe le lac Vänern. Avec une superficie de 5‘650 km² (presque 10 fois le lac Léman), c’est le plus grand lac d’Europe (hors Russie). Sa forme chaotique occupe un espace d’environ 140 km de long pour 60 km de large.

Coucher de soleil sur le lac de Vänern.
Pour contempler ses richesses, nous séjournons quelques jours sur ses rives. Au programme, sorties en kayak, pêche, baignade et incroyables couchers de soleil. Des bernaches du Canada, accompagnées de leurs jeunes et d’oies cendrées, nous font le plaisir de leur présence.

Sortie en kayak sur le lac Vänern.

Bernache du Canada et Nénuphar jaune au gré des flots du lac Vänern.
Prochaine étape, le parc national de Fulufjället et sa chute Njupeskär, la plus haute du pays (93 m). Pour l’atteindre, nous suivons le chemin aménagé qui fait une courte boucle sur 4 km. L’endroit est très populaire, il n’y est pas question d’y contempler la chute en solitaire.

Chute Njupeskär
Ensuite, Aurore et les enfants rejoignent le centre nature, encore une fois très agréable. À l’entrée de celui-ci, quelques écureuils téméraires viennent chaparder la nourriture disposée pour les oiseaux. Frédéric de son côté s’en va dans les hauteurs. Après une vue aérienne sur Njupeskär, il serpente sereinement entre de splendides lacs d’altitude. L’occasion de surprendre des lemmings avant de jeter un coup d’œil à l’un des arbres les plus âgés du monde, le « vieux Tjikko » (voir encadré) et de prendre le chemin du retour.
Le « vieux Tjikko »
En réalité, ce n’est pas le modeste arbre visible, mais son système racinaire qui serait extrêmement âgé, avec près de 10’000 ans. Pour l’anecdote, le nom a été donné par le découvreur en l’hommage à son chien. Pour davantage d’informations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Old_Tjikko

Rien de tel que l’eau de la rivière pour se désaltérer.
Le jour suivant est consacré à une chute plus modeste : Fettjeåfallet. Celle-ci est nichée dans un cadre verdoyant des plus charmant.

Aux pieds de Fettjeåfallet.

Luxuriante forêt en aval de la chute Fettjeåfallet.
Pas complètement rassasiés, nous poursuivons avec la chute la plus large de Suède, Tännforsens. Le volume d’eau est impressionnant, mais le cadre moins bucolique. Nous avons déjà observé de nombreuses chutes et cascades, notamment dans le parc national de Krka (en Croatie), ce qui a nécessairement augmenté notre niveau d’exigence en la matière (voir notre article parc national de Krka).

Tännforsens, la chute la plus large de Suède.
Désireux de rejoindre la côte de la mer Baltique, nous partons en direction du nord-est et décidons de faire une halte à la réserve de Tysjöarna norra.
Depuis le parking, des passerelles en bois nous guident jusqu’au cœur du marais. Tours d’observation et espaces de pique-nique jalonnent le chemin. Les enfants ont beaucoup de plaisir à tester la fendeuse à bûche et la hache. Les grues cendrées animent la sortie, les jeunes sont déjà bien grand, perchés sur leurs longues pattes.

Passerelles au cœur de la réserve de Tysjöarna norra.

Violette tricolore
Nous voilà à nouveau en direction du golfe de Botnie, notre pause de midi se transforme en visite instructive à Döda fallet. Nous pensons découvrir des gorges dans un lit de rivière, sauf que tout est asséché depuis 1876. A cette époque, un commerçant de la région décide de faire creuser un canal, qui permettrait de transporter le bois, par flottaison, en contournant les cascades impraticables. Le terrain, n’étant pas adapté à de telles modifications, est littéralement balayé pendant la nuit du 6 au 7 juin. Le lac Ragouda en amont se déleste ainsi de ses 300 millions de mètres cubes d’eau en seulement 4h, soit près de 21’000 m3/s ! Pour comparaison, le débit moyen du Rhône à Beaucaire (un peu en amont de la Camargue) n’est que de 1’690 m3/s et a avoisiné 10’000 m3/s lors de crues exceptionnelles en 1993 et 1994.

Gorges asséchées de Döda fallet.
Après quelques jours passés dans les terres, nous nous réjouissant d’atteindre la mer Baltique. Les grandes étendues forestières traversées sont souvent monotones, assimilables à de grands champs de maïs où chaque plante a les dimensions de sa voisine. Pendant les déplacements, nous restons néanmoins attentifs et scrutons les prés, dispersés entre les conifères, en espérant y apercevoir de gros mammifères. Enfin, après plusieurs centaines de kilomètres en Suède, nous avons le plaisir de voir nos premiers élans. Deux individus de ces gigantesques cervidés sont occupés à se nourrir dans un champ.
Notre prochaine destination, le parc national de Skuleskogens au bord de la mer Baltique. Là-bas, nous entamons une randonnée pour atteindre une impressionnante crevasse rocheuse d’une profondeur de 40m.

Crevasse rocheuse dans le parc national de Skuleskogens
Une fois traversée, il est possible de rejoindre plusieurs belvédères qui offrent un panorama splendide et dégagé sur la mer et quelques îlots boisés. La forêt y est plus riche et variée. Dense par endroit, elle s’efface pour ne laisser que quelques pins dans les secteurs les plus rocheux et secs. Ces arbres chétifs semblent sortis tout droit d’un jardin japonais, un régal pour les yeux.

Splendide vue sur la mer Baltique.

Forêt sur la côte de la mer Baltique.
Nous regagnons ensuite le nord du golfe de Botnie et passons deux nuits sur une île. Nous sommes tous ravis de cette destination. Kayak et pêche sont au programme. Il y a même deux arbres remarquablement placés pour y suspendre un hamac face à la mer. Nos enfants s’y installent pour bouquiner, lovés dans des couvertures polaires. La côte parsemée de nombreux rochers sphériques nous rappelle la région du parc national de Lahemaa, en Estonie (voir notre article: Parc national de Lahemaa).
Le premier soir, quelques chanterelles tirées du bois voisin agrémentent notre repas. Le lendemain, nous avons le plaisir de déguster quelques filets de perche. Comme souvent notre envie de voir autre chose, nous pousse à rejoindre la Finlande le jour suivant.
C’est un peu fou, quand on s’entend se dire que nous allons traverser la Laponie, un lieu chargé d’imaginaire ! Comme pour nous ramener à la réalité, nos yeux s’écarquillent à la vue des rennes qui nous surprennent au détour d’un virage. Ils ont fière allure, ornés de leur imposant bois (chez les mâles comme les femelles).

Sur le sentier de l’Arctic circle hiking area.
Nous poursuivons notre route et séjournons le temps d’une nuit à l’Arctic circle hiking area. Ainsi, nous avons franchi le cercle arctique et ne le quitterons pas avant un bon moment. Commençant avec la latitude 66° 33′ N, il couvre toute la portion de l’hémisphère nord où le soleil ne se couche plus une certaine période de l’été et à l’inverse ne se lève plus en hiver. Le cercle antarctique est son alter ego dans l’hémisphère sud.
Au petit matin, nous profitons de faire l’une des nombreues randonnées balisées. Celle-ci nous mène successivement au cœur des marais et de la forêt. Pour notre plus grand plaisir, les bolets se laissent compter par dizaines. Nous sélectionnons avec soins quelques spécimens pour délecter nos papilles. Les plaquebières ou cloudberries (Rubus chamaemorus) sont presque mûres, bientôt l’occasion de goûter ce fruit du nord riche en vitamine C.

Bolet roux (Leccinum versipelle).
Nous passons encore une nuit dans cette région de Finlande qui, nous le supposons, dévoile tout son charme une foi recouverte d’un manteau blanc. En été tout est assez calme, mais nous devinons aux infrastructures sportives présentes que durant l’hiver beaucoup d’activités doivent animer la vie nocturne laponne, à commencer par les courses de chiens de traîneau.

Abri typique de Laponie.
Une fois en terre Sami, les constructions en bois servant à parquer les rennes pour les trier se multiplient. Le droit à l’élevage des rennes est (en Europe) l’exclusivité de ce peuple du nord. Les animaux paissent en toute liberté pour notre plus grand plaisir. En Laponie finlandaise, on trouve 180 000 habitants pour 220 000 rennes !

Renne, imperturbable!
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