Nous souhaitons à travers cet article partager notre voyage à destination du Cap Nord. Le trajet depuis la Suisse compte de nombreux kilomètres et étapes, ainsi le récit se subdivise en plusieurs parties (mises en ligne successivement).
L’objectif est de parcourir la Scandinavie avec notre camping-car « Paulo » et en mettant l’accent sur la Norvège.
Partie 5 – Cap sur le sud
(accéder à la partie 4) (voir la vidéo sur YouTube)
Nous décidons de dormir sur la piste d’attente du ferry. Au petit matin nous découvrons le port et notre bateau sous une belle lumière orangée. 6h30, c’est parti pour la traversée entre Moskenes et Bodø. Le ciel bleu adoucit la température de l’air et nous prodigue, jusqu’à notre destination, un dégagement sur de somptueux paysages côtiers parsemés d’îles et d’îlots.

Entre Moskenes et Bodø.
Une fois Bodø derrière nous, nous prenons la direction de Valnesfossen, une chute qui se trouve à proximité de la route de la côte. Notre emplacement pour la nuit voisine une place de jeu aménagée dans les arbres. Nos enfants sont conquis, ce qui nous laisse du temps pour travailler au calme.

Valnesfossen au cœur d’une forêt verdoyante.

Les aurores boréales embellissent nos nuits.
Prochaine étape Marmorslottet, des gorges de marbres. Les 1,2 km qui nous séparent d’elles ne nous impressionnent pas. Cependant, la fin du chemin est très accidentée et exige beaucoup de prudence. Grandiose, le spectacle est à la hauteur de nos efforts.
Nous sommes très fiers de nos enfants, notamment pour le dépassement de soi dont ils font preuve régulièrement.

Gorges de marbre “Marmorslottet”.

Paysage brumeux.
Nous reprenons la même route et nous arrêtons pour la nuit à l’extrémité de Beitstadjjord. Là, nous faisons la connaissance de Jean-Marc et de son chien Bidouille, le feeling passe tout de suite. Cela comble notre besoin de contact humain et la simplicité d’échanger en français nous remplit de joie. Voici l’un des petits bonheurs du voyage en camping-car : partager un repas avec des personnes rencontrées le même jour. Frédéric, parti pêcher en kayak, nous rapporte de succulentes moules pour le souper. Nous sommes le 9 septembre, c’est notre anniversaire de mariage, nous n’avions rien prévu de particulier. Mais cette année, la vie nous a comblés, une super soirée, un bon repas, des rires et une nouvelle amitié.

Un peu de hauteur sur le Beitstadjjord.

Fin de journée sur les rives du Beitstadjjord.
Le lendemain, tout le monde est rempli d’une bonne énergie, nous partons pour Trondheim et Jean-Marc de son côté pour la Finlande. Nous n’oublions pas d’échanger de quoi garder contact.
Une fois arrivés à Trondheim, nous rejoignons le centre-ville où une “Pride” anime les rues de la ville. Il faut rejoindre le fleuve Nidelva et traverser le pont de Gamle Bybro pour apprécier une des vues les plus connues de cette ville.
En effet, elle permet d’admirer d’anciennes bâtisses, aux couleurs vives, érigées sur des pilotis le long du fleuve. Certaines ont de modestes loggias et d’autres possèdent encore une poulie sur leur fronton qui permettait de les desservir par bateaux. Nous longeons également la cathédrale de Nidaros richement ornée, de style gothique, puis montons vers la forteresse de Kristiansten qui domine la ville. Là se déroulent des épreuves de frisbee, l’occasion de découvrir une discipline méconnue. Les jeunes Norvégiens semblent prendre très au sérieux ce sport (le « discgolf »), nous nous amusons de les voir lancer leurs disques de plastique sur des dizaines de mètres en visant une sorte de panier circulaire entouré de chainettes. Nous quittons Trondheim ravi de notre escapade urbaine.

Bâtisses emblématiques de Trondheim.

Forteresse de Kristiansten.
Le lendemain nous arrivons au parc national de Dovrefjell-Sunndalsfjella, un lieu connu de Frédéric, puisqu’il en a déjà foulé le sol quelques années auparavant. Nous entamons une randonnée dans un paysage à nouveau différent et toujours grandiose. Le ciel dégagé nous permet d’apprécier pleinement les montagnes lointaines. Nous scrutons sans cesse dans nos jumelles dans l’espoir de repérer le Graal ou plutôt de grosses bêtes hirsutes, les bœufs musqués. C’est chose faite, nous tentons de nous en rapprocher, mais ils sont loin et des personnes plus proches les poussent à s’éloigner davantage ! Frédéric, qui a plus d’un tour dans son sac, nous propose de reprendre Paulo et de nous arrêter plus loin sur une aire de repos dont parfois les bœufs musqués s’approchent. Et effectivement, ils sont au rendez-vous pour notre plus grand plaisir !
Cette fin de journée se termine autour d’un feu de camp à déguster des hot-dogs. Nous sommes tous épuisés, mais heureux. Au lit ! De la route nous attend demain.

Randonnée dans le parc national de Dovrefjell-Sunndalsfjella.

Gare colorée de Dovrefjell.

Boeuf musqué (Ovibos moschatus), femelle.
Température au réveil 0.5°C, ce matin on fait tourner le moteur de Paulo un bon moment pour que tout le monde arrive à sortir de son lit. Les enfants apprécient davantage leur chocolat chaud que d’habitude.
Nous reprenons la route en direction du sud-ouest, durant cette étape plusieurs cols et plateaux alpins sont à franchir. Des paysages à couper le souffle et une halte inédite nous y attendent. En effet, au milieu d’une grande plaine parsemée de marécages, on nous demande de nous arrêter. Là, deux hélicoptères s’affairent pour rabattre un troupeau de plusieurs centaines de rennes. Quelle chance de passer juste au bon moment, pour contempler ce spectacle aussi inattendu que typique !

Rivière cristalline coincée entre les montagnes.

Rabattage de rennes.

Le sol et les toits ne font qu’un.
Nous passons la nuit sur le parking d’une chute Vøringfossen, en réalité deux chutes se rejoignent dans une sorte de gouffre qui contient le lit de la rivière (cette composition nous a fait penser à notre chère Tine de Conflens, à une autre échelle bien sûr lien vers CH). Le temps froid et maussade nous incite à ne pas nous éterniser ici.

Vue plongeante sur Vøringfossen.

En amont de Vøringfossen.
La route est longue, nous suivons les vallées bordées de hautes montagnes, puis les rives des fjords sur des routes étroites qui demandent beaucoup d’attention à notre chauffeur. Le temps est venu de faire une pause le long de l’Akrafjord. C’est ici que l’on peut admirer Langfossen, une cascade de plus de 600m de haut. Nous nous demandons à quoi celle-ci peut bien ressembler une fois gonflée par la fonte des neiges.
Au fils des kilomètres, le paysage change, la présence d’un climat plus doux se remarque avec la présence de pommiers et leur récolte en cours. L’aspect sauvage du nord s’efface peu à peu. Le vent souffle allègrement sur la côte, nous dormons face à lui en dessus d’une splendide plage. Il n’y a guère de quoi s’abriter dans les environs.
Le lendemain, nous reprenons la route sur 2,5km et faisons halte sur la plage déserte d’Åkrasanden, une étendue de sable blanc entrecoupée de rochers qui forment de modestes criques. L’ensemble est gaiement agrémenté de mobiliers urbains géants et tape-à-l’œil. Ensuite, une traversée de fjord en ferry nous permet de rejoindre Stavenger, où nous avons prévu une surprise pour notre fils. En effet, nous rejoignons les trois mythiques épées “Sverd i fjell“. Ces dernières, figées dans un rocher (sans rapport avec la légende arthurienne), mesurent près de 10m. L’imposante sculpture a été inaugurée en 1983. Elle symbolise l’unification de la Norvège, après la bataille de Hafrsfjord en 872.

Tumultueuse Langfossen.

Åkrasanden

“Sverd i fjell”
Sans avoir besoin de nous concerter, nous savons qu’il est temps de quitter la Norvège. À plusieurs reprises, nous avons lu et entendu qu’il fallait profiter du nord de ce pays, car celui-ci est sauvage et très varié. Nous avons appliqué ces conseils à la lettre et sommes nourris de ce merveilleux territoire, mais il est temps pour nous de prendre le ferry et de rejoindre Hirshal en terre danoise.

Bye bye Norvège!
Le soir même de notre arrivée, nous rejoignons Grenen dans la péninsule de Skagen situé sur la pointe la plus septentrionale du Danemark. Un site naturel incroyable, où la rencontre tumultueuse entre la mer du Nord et la mer Baltique crée une langue de sable. Cette dernière s’allonge de 10m par ans sous l’effet des courants intenses qui y règnent en permanence. La baignade y est évidemment proscrite. En revanche, c’est un paradis pour les oiseaux migrateurs et plusieurs mammifères marins.
Au petit matin, nous foulons le sable jusqu’à l’extrémité de ce banc de sable et avons l’intense bonheur de découvrir un groupe de phoque veau-marin qui se prélasse au soleil. Plus loin, une vipère péliade quitte, à contrecœur, le sol nu et chaud du chemin pour se dissimuler dans la végétation.

Jeune phoque veau marin.

Grenen sauvage.
Nous quittons ce lieu pour nous rendre à quelques kilomètres de là, dans les terres de l’isthme de Skagen où de majestueuses dunes mobiles Råbjerg Mile engloutissent tout sur leur passage. Ces dernières charrient 3.5 millions de m3 de sable sous la pression des vents du nord et elles progressent de près de 18m par an en direction de l’est. Le sable fin s’y étend sur environ 2km², de quoi goûté sobrement au vide désertique. De leur côté, nos enfants jouent dans les pentes sablonneuses avec grand plaisir. Peu importe les traces que nous laissons aujourd’hui, le vent les gomme continuellement.

Indomptables dunes Råbjerg Mile.

Lueurs du soir sur Råbjerg Mile.
Comme notre amour pour le petit grain jaune ne se tarit pas, Frédéric nous a encore prévu un détour, direction Rubjerg Knude. Ces hautes dunes naissantes de la côte nord ont déjà bien attaqué le littoral. Quelques vestiges d’arbres pétrifiés apparaissent sur leur flanc arrière. Un phare au cœur de dunes donne beaucoup de cachet à l’endroit. À l’origine, il était voué à s’effondrer dans l’océan, mais l’attrait touristique de celui-ci lui a valu d’être déplacé de 70m et ainsi protégé quelques années encore.
La nuit suivante est animée, un orage de grêle s’abat sur nous. Quand les glaçons percutent notre toit, un vacarme assourdissant se produit à l’intérieur! Heureusement, pas de dégât, le panneau solaire a tenu bon, malgré la couche de deux centimètres de glaces qui s’est formée sur toit. Vous êtes-vous déjà réveillé dans un réfrigérateur ?

Phare déplacer de “Rubjerg Knude”.

La magie des couchers de soleil danois.
Nous changeons de côte, le temps de visiter Lille Vildmose, la plus grande zone de conservation de la nature du Danemark, 76km² de marais accessibles librement, enfin via des chemins aménagés. Nous nous levons à l’aurore pour y rejoindre une des tours d’observation et avons la chance de voir paitre une biche et ses jeunes. Un peu plus tard, nous entendons et observons un gros mâle bramer. Au loin, nous avons encore la joie d’observer un autre groupe de cerfs élaphes. C’est une première pour nos enfants et toujours une expérience saisissante. D’autres habitants du marais nous auraient intéressés, mais malheureusement les élans et sangliers sont restés discrets. Les bisons, quant à eux, sont dans une partie inaccessible.

Cerfs élaphe à Lille Vildmose.

Vol d’oies cendrées à Lille Vildmose.

La douceur d’un dimanche au bord de l’eau.

Phare de Blåvandshuk, extrémité nord de la mer des Wadden.
Nous poursuivons notre route et rejoignons le littoral de la mer des Wadden, que nous avions particulièrement affectionné en arrivant dans ce pays. Pour faire une surprise aux enfants, nous allons même dormir sur un spot déjà connu. L’enthousiasme est à son comble, quand ils réalisent où nous sommes !!!

Limicoles sur fond de mer des Wadden.

Dernier somptueux coucher de soleil danois.
Il est largement temps de retraverser l’Allemagne, nous profitons d’une circulation fluide en fin de semaine pour avancer rapidement. Notre objectif, franchir les portes de Legoland lundi matin ! Nous avons hâte de voir la réaction de nos enfants.
Lundi 26 septembre nos enfants apprécient pleinement la surprise. Nous passons une magnifique journée en famille dans le parc. En fin de journée. La fatigue se fait intense, et nous nous contentons de faire un saut de puce pour retourner là où nous étions la veille. Soit une agréable place jouxtant le Danube.
Mardi, le fleuve nous guide jusqu’à sa source. Il naît de l’union des ruisseaux de montagne Brege et Brigach à Donaueschingen en Forêt-Noire. C’est dans le parc de son château qu’au XIX siècle le Prince Charles Egon III officialise la source du grand fleuve. Il y fait ériger un bassin surmonté d’une statue intégrant une source importante de la région. Malgré le temps maussade et frais de cette matinée, nous parcourrons cette cité historique à la découverte des secrets du Danube.

Monument historique de la source du Danube, à Donaueschingen.
Le 27 septembre, arrivés à la frontière de la Suisse, nous sommes contents de rentrer afin d’y retrouver notre chez-nous (et son confort), bien que personne n’ait réellement eu le mal du pays. Le plaisir de découvrir de nouvelles choses, chaque jour, est grisant et addictif.
Une visite nous attend encore aujourd’hui sur sol helvétique. Cette fois, nous honorons le Rhin, direction Schaffhouse! Ici, l’on découvre ou redécouvre des chutes dont le débit impressionnant s’écrase sur les rochers, sur une largeur de 150m. L’aménagement du sentier et des plateformes nous permettent d’être à quelques centimètres d’elles, on peut sentir toute la force hydraulique qui s’en dégage. Le soleil et le Rhin se mêlent pour nous gratifier d’un arc-en-ciel.

Impressionnantes chutes du Rhin.
Voilà, nous quittons les lieux pour parcourir les derniers kilomètres…
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